Page 16 - Mémoire M1- Patrimoine et Musées- Hasna HATCHI
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               commun majeur dans ces visions réside dans le fait que les visiteurs sont motivés par la visite

               d’endroits où des actes d’une grande violence ont été perpétrés, caractéristique qui n’est ici pas

               propre à la guerre mais peut aussi se rapporter à d’autres circonstances comme des meurtres. Un

               autre  point  majeur  est  directement  lié  à  la  muséographie  utilisée  en  ces  lieux  qui  permet de
               recréer ce que Valérie Robin Azevedo décrit, en s’appuyant sur les travaux de Didier Fassin, comme

               une “expérience collective d’un peuple à travers celle, individuelle, du visiteur relève à la fois d’un

               projet performatif de rédemption de la Nation et d’un projet de “réalisme didactique”, à vocation

                                                                               25
               civique et démocratique, qui utilise le passé pour en tirer des leçons” . Le musée devient alors un
               lieu qui cherche à trouver l’empathie du visiteur tout en lui apportant un message pédagogique sur

               lequel repose toute la scénographie qui prend elle-même appui sur le registre émotionnel. Il reste

               également une réflexion à apporter autour de la question commerciale ; les entrées des lieux de
               mémoire sont parfois payantes, il existe aussi des boutiques, serait-il possible de parler de la mise

               en  commerce  d’un  espace  mémoriel  ?  Il  est  difficile  d’ignorer  la possibilité d’une récupération

               commerciale  et,  dans un même temps, questionner l’entretien de tels dispositifs qui comptent

               parfois  sur  les  recettes  réalisées  pour  entamer  des  restaurations  et  modifications  dans  les

               différentes structures.

                       L’existence  même  des  lieux  dédiés  à la mémoire des conflits armés relève d’un besoin

               existant de créer un patrimoine matériel. La mémoire étant un concept qui ne revêt pas de forme

               particulière et qui s’articule autour du ressenti et de l’individuel, il peut se révéler être trop abstrait

               pour  certains  et  donc  créer  du  lien  avec  cette  mémoire  s’avère  compliqué.  La  création  de
               structures matérielles donne une tangibilité nécessaire, c'est ce patrimoine qui prend les attributs

               du souvenir. Henry Rousso aborde la question ; “(la) patrimonialisation du crime et la constitution

               d’une  mémoire  négative  :  (…),  où  tout  lieu  lié  à  l’histoire traumatique du siècle se doit d’être

               conservé,  comme  si  le  souvenir  ne  pouvait  s’incarner  que  dans  sa  dimension  matérielle,

                                                                    26
               patrimoniale,  et  non  plus  dans  le  registre  symbolique” ,  le  musée  se  charge  d’une  dimension
               désormais  symbolique  et  affective,  dépassant  ainsi  la  simple  portée  historique.  Pour  Anne

               Bourgon,  les  lieux  de  mémoire  sont  les  “lieux  de  pèlerinage  pour  les  familles  de  victimes”  et




               25   Azevedo Valérie Robin. Violences extrêmes, morts collectives et mémorialisation. cArgo - Revue internationale
               d’anthropologie culturelle et sociale, 6-7, pp.7-17, 2017.
               26  Rousso Henry , entretien donné au journal Le Monde le 27 novembre 2001, à l’occasion des XII° entretiens du
               patrimoine.
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