Page 12 - Mémoire M1- Patrimoine et Musées- Hasna HATCHI
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1.2. La multiplication des mémoriaux en France : quelles dynamiques
Le mémorial est la dénomination de ce qui a pu être appelé par le passé “monument aux
morts”. Apparus vers la fin du XIXe siècle en France, les monuments aux morts sont d’abord le fait
des sociétés prussiennes et sont érigés en réponse à une guerre, pour marquer la mémoire des
morts lors des conflits. Dans les premières années suivant la guerre de 1870, les monuments aux
morts français ne sont que rarement l’initiative de l’Etat mais plutôt évoqués à une échelle locale
voire familiale et il faut attendre la Première Guerre mondiale pour que le mouvement s’intensifie
et se développe à l’échelle communale, avec un encadrement lointain du gouvernement. La
Seconde Guerre mondiale apporte un changement dans les choix appliqués aux monuments aux
morts ; là où les communes célébraient leurs soldats morts au front et donc une catégorie plutôt
unanime, le conflit des années 1940 est marqué par des violences effectuées sur des groupes
multiples. On peut alors distinguer les monuments destinés aux Juifs, aux déportés ou encore aux
résistants pour ne citer que quelques exemples et cette modification du paysage mémoriel
perdure au-delà de l’après-guerre pour s’appliquer aux différents conflits coloniaux.
Le glissement sémantique effectué est expliqué par Dominique Trouche pour qui la
dénomination de mémorial “dépasse le cadre des conflits militaires, puisque le mémorial désigne
désormais tout monument érigé en mémoire de décès collectifs, voire individuels, pour peu qu’ils
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aient été violents (accidents d’avion, tsunamis…)” . Ainsi, de l’acte commémoratif encadré par le
contexte de la guerre, le mémorial semble s’accorder uniquement sur le souvenir des morts et sur
une dimension de violence forte, marquante. Le mémorial semble prendre la place d’une autre
forme de lieu de mémoire propre à la Première Guerre mondiale ; le monument aux morts. Marquant
par sa forme monumentale, le mémorial représente à la fois le monument ou la stèle mais aussi un
musée consacré à la guerre. Dominique Trouche établit le fait que “Serge Chaumier attribue les
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modifications contemporaines de dénomination des musées à des stratégies de différenciation et
de distinction qui reposent sur de petits changements comme le nom de l’institution, la création
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d’un nouveau logo,etc”. La question du statut du mémorial est à avancer, on pourrait le donner
comme simple successeur du monument aux morts mais est, dans les faits, aussi bien un
15 Trouche Dominique. Du monument aux morts au mémorial. Mondes Sociaux, juill 2015.
16 Chaumier Serge. Des musées en quête d’identité : Ecomusée versus technomusée, Paris, L’Harmattan, 2003.
17 Trouche Dominique. Du monument aux morts au mémorial. Mondes Sociaux, juill 2015.

