Page 13 - Mémoire M1- Patrimoine et Musées- Hasna HATCHI
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               monument  qu’un  musée.  Pourtant,  il  n’entre  pas  totalement  dans la catégorie de musée de la

               mémoire,  ce  qui  complexifie  la  compréhension  du  mémorial.  Certaines  structures  présentées

               comme mémoriaux sont alors, au sens strict du terme, peu identifiables au mémorial car même

               s’ils exposent des objets à la façon des musées, ils prennent place directement sur des lieux de
               massacre.  La  notion  de  “martyr”  entre  en  jeu  avec  la  présentation  des  ruines  du  village

               d’Oradour-sur-Glane comme un village-martyr ou encore l’exposition d’objets ayant appartenus à

               des massacrés au Mémorial Ascq 1944 qui sont nommés objets-martyr car témoins de la violence

               des faits. Dans cette description d’objet-martyr existe alors le manteau de l’un des massacrés

               d’Ascq exposé avec l’impact des balles que celui-ci a reçu, les impacts sont mis en avant et le

               manteau  gardé  dans  l’état.  Cette présentation brute de la violence des faits finit par placer le

                                                                                           18
               mémorial mais aussi le musée comme endroits de la “provocation de la mémoire”  comme le cite
               le sociologue français Freddy Raphaël dès 1987. Le mémorial occupe une place d’amplificateur du

               message historique en utilisant un discours émotionnel particulier qu’un musée d’histoire n’utilise

               pas.  L’émotion  prend  sa  place  dans  le  processus  de  mémoire, le mémorial étant le fruit d’une

               attente  et  parfois  demande  de  la  société,  d’un  groupe parfois majoritaire. Le musée, pourtant,

               n’émane  pas  d’une  demande  communautaire  particulière,  plutôt  une  initiative  d’une  nature

               différente et qui délivre un message qui n’a pas été attendu. Ainsi dans le musée, on mise sur la

               qualité  du  propos  historique  et  le  mémorial,  sur  une  visée  mémorielle  particulière  qui  inclut

               souvent  une  projection  du  visiteur  qui  crée  un  lien  avec  les  victimes  mises  en  avant  par  le

               message du mémorial. Jean-Yves Boursier porte une attention particulière aux noms attribués à
               ces  lieux  de  mémoire  :  “centre  de  la  Mémoire”,  “mémorial  pour  la  Paix”  ou encore “parc de la

               Mémoire”, le but même du mémorial semble se décliner dans ses dénominations et met l’accent

               sur un message qui est d’ailleurs plus particulièrement à destination d’un public scolaire. En effet,

               le public scolaire est celui le moins directement concerné par la représentation de ces conflits

               pourtant contemporains. S’il peut avoir de la famille concernée par ces guerres, il n’a lui-même été

               ni acteur ni témoin de ces époques et n’en tire donc aucun lien. Le mémorial se charge alors de le

               rattacher à cette réalité qui lui échappe, porté un discours peut être peu entendu par les cours
               d’histoire  portant  sur  les  conflits  du  XXe  siècle  et  s’occupe  de  rendre  l’abstrait  concret et le

               matérialiser.  Aloïs  Riegl  parle  des  mémoriaux  comme des “œuvres destinées, par la volonté de


               18  Raphaël, Freddy, Geneviève Herberich-Marx. “Le Musée, Provocation de La Mémoire.” Ethnologie Française 17, no. 1
               pp 87–94, 1987.
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