Page 62 - Mémoire M1- Patrimoine et Musées- Hasna HATCHI
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cette tendance socioculturelle se vérifie dans la sphère scientifique avec des études qui se
focalisent sur les victimes et plus sur les combattants autour des années 1980. François Azouvi
semble d’ailleurs associer ce mouvement à l’impact des années 1960 avec la montée des droits
de l’Homme en France et la chute du mur de Berlin en Europe de l’Est qui permet un regard sur les
victimes de cette partie de l’Europe. Le lieu de mémoire est donc exposé aux faits sociaux,
culturels et politiques dans sa gestion et est, aujourd’hui, encore ancré en grande partie dans le
paradigme victimaire mais aussi celui de la reconnaissance des faits que l’on a considéré comme
passés sous silence et comprend également la mise en place d’une réparation qui peut être
financière mais aussi symbolique avec la prise de parole et le pardon. Dans ce sens, on peut
évoquer la polémique lors de la présidence de François Mitterrand qui ne considère pas la
République comme fautive ou encore les excuses finalement présentées en 1995 par Jacques
Chirac. Cette prise de position relativement récente atteste de l’efficacité du devoir de mémoire
qui pose les problématiques de la Seconde Guerre mondiale comme actuelles et un lien inédit avec
des faits historiques contemporains. Pourtant, cette mémoire collective et pratiquement
internationale présente des inconvénients comme la récupération de l’Histoire dans les discours
politiques notamment dans la place de l’Etat dans la gestion des lieux de mémoire. L’histoire reste
éclatée par les différents positionnements observés et le devoir de mémoire est imposé par l’Etat,
l’inclusion de la mémoire dans l’histoire pourrait alors aller contre le travail des historiens dont le
rôle scientifique est majeur. Dans ce sens, le Comité de Vigilance face aux Usages Publics de
l’Histoire est créé par rapport à la loi de février 2005. Il est alors possible de considérer
l’importance de la narration de l’histoire mais aussi de la mémoire et son impact dans la société
actuelle et future, justifiant alors les différents choix de politiques et législations autour de ces
problématiques avec un passé qui doit être compris pour ne plus être reproduit ; le passé joue
alors un large rôle préventif.
L’écrivain et philosophe George Santayana donne une phrase parfois utilisée par les lieux
de mémoire ; “ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter”. Il existe de
nombreuses variantes et autres citations similaires inscrites sur les édifices commémoratifs des
conflits contemporains et celles-ci font miroiter l’enjeu même de la création de ces lieux de
mémoire. La mémorialisation des lieux de massacre de la Seconde Guerre mondiale s’inscrit donc
dans une visée nationale de prévention et repose sur de nombreux facteurs endogènes et

