Page 61 - Mémoire M1- Patrimoine et Musées- Hasna HATCHI
P. 61
60
l’histoire est questionnée en la figure de la victime mais aussi avec le temps de la réconciliation
amorcée dans toute l’Europe. Il faut donc mettre en place une histoire commune, basée sur des
expériences pourtant individuelles et personnelles, faire en sorte de susciter l’unité derrière des
valeurs qui seraient largement défendues et prendre en compte des sentiments que l’histoire n’a
pas pour habitude de mettre au centre de son récit. Ainsi, l’émotion première est la pitié pour
toutes ces victimes et l’expression mémorielle se décline en d’autant plus de lieux dits de
mémoire à la visée pédagogique majeure. Les Nations Unies publient un rapport sur ces processus
mémoriels en 2014 en soulignant que “l’expression du travail de mémoire correspond souvent à la
demande des victimes et de l’ensemble de la société, et la réparation non seulement juridique,
mais également symbolique, notamment par le biais du mémorial, est considérée comme un
73
passage obligé sur la voie de la réconciliation nationale” ce qui montre que le devoir de mémoire
est aussi un fait de société et qu’il inclut un impact sur la vision du passé, la gestion du présent et
l'appréhension du futur. L’angle de réflexion est supranational, il s’accorde avec le besoin de
cohésion à l’échelle d’abord européenne et plus largement nationale et comporte un idéal de paix
qui rejette totalement les faits de guerre. L’avènement du “plus jamais ça” l’emporte, la victime
devient source de pitié, empathie et compassion et le devoir de mémoire porte à ne plus faire subir
un tel sort à l’humanité. On note cependant un discours que l’on pourrait considérer comme ambigu
dans une France face à la montée des mouvements décoloniaux et trouver une limite à cette
expression du rejet de la guerre qui trouve un fort écho plus tard, à la fin des années 1990. Le rejet
de la guerre n’est pas un fait unanime et marque la différence de traitement de la Seconde Guerre
mondiale selon notamment les pays avec, à l’Imperial War Museum au Royaume-Uni, une guerre
74
présentée comme “le lieu où les valeurs fondatrices ont été exprimées et consolidées” . Le
paradigme victimaire français incite à une réflexion sous le prisme de l’émotion et à la création
d’un lien lors de la visite d’un lieu de mémoire. Il n’est pas question de faire un simple exposé des
faits, ils sont considérés comme des “horreurs” sans pour autant accabler les bourreaux toujours
dans cette logique d’unité européenne. La victime est la figure désignée pour émouvoir et chaque
muséologie rencontrée autour notamment des lieux de massacre finit par mettre les victimes sur
un pied d’égalité et le message est le même qu’il soit transmis à Ascq, à Oradour ou à Caen. Ainsi
73 Rapport sur les processus mémoriels des Nations Unies, 2014.
https://www.ohchr.org/fr/documents/thematic-reports/ahrc2549-report-memorization-processes-post-conflict-and-di
vided
74 Wahnich Sophie. “Les musées d'histoire du xxe siècle en Europe”, Études, vol. 403, no. 7-8, pp. 29-41, 2005.

